La
Peu de temps après qu'une manifestation
des personnels de sécurité palestiniens
a tourné à l'affrontement armé
avec des membres du Hamas, samedi 21 octobre
dans la bande de Gaza, un important conseiller
du Premier ministre palestinien Ismaïl
Haniyeh et haut responsable du Hamas, a de
nouveau évoqué l'initiative
qatarie. Une initiative de réconciliation
interpalestinienne rejetée déjà
à deux reprises par le mouvement radical.
Cette
fois, "le Qatar a amendé son initiative
en six points et il la présentera [de
nouveau] à la direction du Hamas après
la fin du Ramadan dans le but d'obtenir son
acceptation", a-t- il précisé.
Le Hamas est ainsi appelé à
donner sa réponse finale à l'initiative
du Qatar dans les jours qui viennent.
"Pour
mettre fin à l'impasse actuelle dans
les territoires palestiniens, le Qatar est
déterminé à présenter
une initiative amendée en six points
aux Palestiniens après la fin du ramadan",
a déclaré Ahmed Youssef sur
la chaîne qatarie arabophone Al-Djazira.
L'affrontement
de samedi 21 octobre qui a fait un mort et
trois blessés est intervenu près
des camps de réfugiés de Bureij
et Nusseirat, dans le centre de la bande de
Gaza, après que le personnel de sécurité
a lancé une manifestation pour réclamer
le paiement des salaires. Affectée
par les sanctions de la communauté
internationale, qui a suspendu ses aides depuis
que l'organisation terroriste a pris le pouvoir
en mars 2006, l'Autorité palestinienne
éprouve de grandes difficultés
à rémunérer ses fonctionnaires.
Selon
des témoins, des membres du Hamas ont
tenté de réprimer la manifestation
des services de sécurité, composés
de partisans du Fatah du président
Mahmoud Abbas. Un membre du Hamas a été
blessé à l'arme blanche, ce
qui a déclenché un affrontement
armé de plusieurs heures. Des membres
du Fatah ont par la suite riposté en
incendiant des véhicules appartenant
à des membres du Hamas. Le Fatah a
placé ses forces en état d'alerte
dans la bande de Gaza.
Les
deux mouvements rivaux sont engagés
dans une lutte de pouvoir pour le contrôle
des territoires de l'Autorité palestinienne.
Des affrontements entre les membres des deux
camps ont fait au moins 19 morts en octobre,
ce qui alimente les craintes d'une guerre
civile entre Palestiniens.
Pour
tenter de sortir de la crise, le Hamas et
le Fatah ont engagé des discussions
sur la formation d'un gouvernement d'union
mais ces pourparlers butent sur le refus du
Hamas de reconnaître Israël, de
reconnaître les accords signés
par l'Autorité palestinienne par le
passé et de renoncer au terrorisme,
trois exigences de la communauté internationale
pour une reprise de leur aide financière.
Plusieurs canaux discrets avec le Qatar et
l'Arabie Saoudite ont été activés
pour relancer les négociations à
ce sujet. Sans succès.
Face
aussi à l'inquiétude des régimes
arabes pragmatiques qui ne souhaitent pas
le maintien d'un mouvement islamiste conservateur
dans le gouvernement palestinien - dangereux
précédent pour eux - et dans
le souci constant de plaire aux Américains,
il s'agit de faire émerger un "front
arabe modéré", pragmatique,
à opposer à la République
islamique d'Iran aux ambitions nucléaires.
Dans le même temps, le camp sunnite
avec à sa tête l'Arabie Saoudite
et l'Egypte de Moubarak doivent affronter
une situation délicate, qu'ils perçoivent
comme menaçante : le renforcement de
la milice chiite libanaise pro-iranienne.
Pour
manifester leur soutien au camp des pragmatiques
et pour coincer le Hamas, les Etats-Unis se
disent prêts à accepter le retour
sur la scène de l'initiative saoudienne
du sommet arabe de Beyrouth de mars 2002,
laquelle, soutenue par la Ligue arabe, du
moins formellement, a offert à Israël
la paix avec tout le monde arabe en échange
d'un retrait sur les frontières de
1967. Même s'il est difficile de croire
à la fiabilité d'une offre saoudienne
aussi généreuse - surtout si
l'on souligne le fait que cette offre qui
implique la reconnaissance d'Israël par
les 22 Etats membres de la Ligue arabe n'a
pas été approuvée à
l'unanimité -, soutenir l'initiative
de Beyrouth c'est reconnaître implicitement,
de facto, l'Etat d'Israël dans les frontières
de 1967.
A
Ramallah, le débat idéologique
autour de la reconnaissance d'Israël
masque le débat politique qui porte
sur la possibilité et la nécessité
d'une plate-forme d'un gouvernement d'unité
nationale. Pour mieux comprendre la divergence
interne du Hamas il faut distinguer d'un côté
le refus idéologique d'Israël
dans la charte du Hamas, fondé sur
une vision religieuse intransigeante de la
Palestine comme terre d'Islam (dar al islam),
et de l'autre la possibilité d'un accord
programmatique d'un gouvernement dans lequel
le Hamas aurait son mot à dire. Cet
accord se réfère au document
dit des prisonniers, initialement approuvé
par toutes les composantes politiques et qui
reconnaît l'OLP comme seul représentant
légitime du peuple palestinien à
l'intérieur et à l'extérieur.
Or,
reconnaître ainsi l'OLP comme "référence
politique", c'est entériner les
accords signés incluant la reconnaissance
d'Israël. En même temps, le texte
des prisonniers rappelle la nécessité
de "faire appliquer les décisions
politiques des sommets arabes", en clair,
l'offre saoudienne approuvée par la
Ligue arabe à Beyrouth en mars 2002.
L'objectif politique général
d'un tel accord gouvernemental est la négociation
politique avec Israël pour la création
Etat palestinien indépendant dans les
frontières de 1967 avec Jérusalem
comme capitale.
Tout
se passe comme si le système politique
palestinien, devenu bipolaire, était
en train de se rediviser sur la base de la
bipolarisation extérieure qui s'est
créée au Moyen-Orient, celle
qui opposerait l'Occident dirigé par
les Etats-Unis, mais avec des alliés
au Moyen-Orient (pays arabes dits modérés,
Turquie), à l'axe irano-syrien (que
représente le Hezbollah et les alliés
de Damas à Beyrouth). Certains pays
de puissance moyenne (middle power) comme
le Yémen et le Soudan se rapprochent
davantage de l'axe Téhéran-Damas,
plus par opposition au camp sunnite guidé
par Le Caire et Riad que par véritable
conviction politique. Or cette bipolarisation
divise, dans leur intérieur, chacune
des deux principales forces palestiniennes
alors que la majorité des éléments
qui les composent venait de réussir
à constituer un gouvernement d'unité
nationale.
Pour
les Palestiniens, seul ce type de gouvernement
est susceptible de répondre à
l'aspiration unitaire profonde et à
leur volonté de négocier mais
à partir de ce qu'ils appellent "une
stratégie de résistance",
plus ferme et la plus unifiée possible.
C'est
dans cet esprit que l'émirat pro-américain
du Qatar a présenté il y a deux
semaines une initiative visant à mettre
fin à la crise politique entre le Fatah
du président Mahmoud Abbas et le gouvernement
dirigé par le Hamas, et aux difficultés
économiques éprouvées
par les Palestiniens. Face au "non"
du Hamas, les bras des pragmatiques resteront-ils
longtemps croisés ? Il n'y a rien de
plus incertain.